«Sur la pointe des pieds» un article de Roger Blackburn paru dans Le Quotidien

Roger Blackburn
L’auteur Roger Blackburn, au Rase-O-Thon Marie-Hélène Côté.

Le coeur m’a fait juste un tour. Je me suis vraiment senti mal.

Je me présente aux bureaux de la Fondation sur la Pointe des pieds cette semaine pour remettre de l’argent que j’avais ramassé dans le cadre du Rase-O-thon Marie-Hélène Côté. Je monte à l’étage du presbytère Sacré-Coeur en utilisant le vieil escalier de bois craquant. Chaque marche livre un peu d’histoire, on a seulement à tendre l’oreille, l’endroit est rustique. À mi-chemin, dans la montée, un superbe vitrail de la Sainte-Vierge dépose une lumière colorée dans l’escalier. La rampe de bois foncé est usée par le frottement des mains. C’est beau, je monte sur la pointe des pieds pour ne pas faire de bruit. L’endroit inspire le silence.

J’avance dans le corridor, à pas feutrés, l’ambiance du presbytère est restée même si le bâtiment religieux abrite des bureaux d’organismes communautaires. Je me pointe le nez dans le cadre de porte et j’observe Héléna Longpré, la jambe croisée, le dos courbé, en train de lire ses courriels sur son ordinateur.

«Comment ça se fait que tu n’es pas assis sur une terrasse avec un quelconque breuvage, par cette belle journée ensoleillée», que je lui dis.

Elle, qui est toujours souriante et accueillante, me jette un regard, force un sourire et replace ses yeux sur l’écran de son ordinateur. Elle me regarde à nouveau et retourne ses yeux sur le courriel. Elle se lève de sa chaise, marche vers moi, tourne sa tête rapidement vers son ordinateur, se retourne vers moi, me sourit, mais ses yeux sont un peu trop larmoyants. Elle m’avoue qu’un jeune de 22 ans, atteint du cancer, avec qui elle a voyagé sur la rivière Albany, l’an passé, est décédé hier (lundi). Elle n’a pas eu le temps de lire le courriel au complet.

J’avais l’impression de briser quelque chose, d’interrompre une émotion. Ces gens de la Fondation sur la Pointe des pieds vivent des émotions continuellement. Elles créent des liens avec des jeunes en leur faisant vivre des expériences inoubliables et apprennent par la suite qu’ils sont décédés. C’est épouvantable de côtoyer quotidiennement la mort et la guérison. Il faut être fait fort pour traverser régulièrement de pareilles émotions.

Je la serre dans mes bras dans une vaine tentative de réconfort. Elle me dit que ce n’est pas grave. On marche jusqu’au bureau d’à côté et là, Katherine et Joanne ont le sourire très joyeux en me voyant entrer, toutes fières de me dire qu’ils ont trouvé un bon président d’honneur pour leur événement de Montréal.

La minute précédente nous met face à la mort et la minute d’après nous transporte dans la joie. Ouf! Beaucoup d’émotions pour mon petit coeur. Je les ai laissées entre elles. Héléna, qui était retourné à son bureau, m’a salué de la main en essuyant une larme sur sa joue, quand je suis passé devant sa porte, au moment de partir.

Je vous aime, les filles. J’admire votre sensibilité et je vous sens fortes même dans les épreuves. Vous êtes à l’image de ce que vous faites vivre aux jeunes que vous amenez en expédition. Je retournerai vous voir bientôt…



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